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18.04.2008

Hommage à Aimé

Décil s'associe à l'hommage qui est rendu au militant infatigable de l'anticolonialisme, père de la négritude et poète bouleversant qui vient de s'éteindre en Martinique : Aimé Césaire. 
Pendant ses quarante années de mandat à l'Assemblée Nationale, il a lutté pour "décoloniser la République", mais il a apporté des dépassements essentiels à ces reflexions sur la mémoire et la liberté. Pour lui "haïr c'est encore dépendre" et au ressassement mémoriel des victimes il oppose le "droit à l'Histoire" (plutot que le devoir de mémoire). C'est par l'inscription des histoires des ex-colonisés dans l'Histoire de la République que l'on dépassera les contentieux pour lui, de toute façon, impardonnables.
Au delà encore, dans les années 30, proche des communistes (pour un temps) il avait aussi pensé la question des masses prolétaires noires dans le cadre de la lutte des classes et travaillait à chercher des convergences avec tous ceux qui luttaient contre la ségrégation et les injustices dans un contexte de montée des fascismes en Europe. Pour autant, "nègre il était, nègre il resterait". Aimé Césaire suivait un cap : rester singulier dans une histoire collective. Etre Normalien, député de la République et porte voix des "damnés de la terre" et publie en 1950 "Discours sur le colonialisme".
  
Dans ces dernièrs temps, malgré son grand âge sa voix nous exhortait à dépasser les enfermements et les assignations identitaires par la Résistance. Il cherchait l'universel et montrait l'impasse des identités surdéterminantes sur quoiqu'elles fussent fondées, pour promouvoir partout la liberté et la dignité comme horizons au delà même des combats de libération.
La justesse de son message, tellement nécessaire contre des barrières mentales, entraves encore si fortes à la rencontre humaine, et sa vigueur implacable contre toutes les persistances racistes me semblent devoir être fortement relayées dans cette société malade...
Nathalie Coste.
 PS/ A paraître très bientot : La condition noire par l'excellent historien Pap N'Daye. Enfin, une exposition à la Cité de l'Immigration "Les étrangers en France en 1931 au temps de l'exposition coloniale".

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