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04.05.2008
Mobilisation pour Marius
Notre élève Marius est en situation très dangereuse d’assignation à résidence après avoir été gardé à vue puis conduit en centre de rétention d’où nous avons bataillé pour le faire sortir.
Ses camarades et ses enseignants l’attendent en classe.
Prenons-le sous notre protection pour qu’il ne soit pas expulsé vers un pays où il n’a plus aucune attache, pour qu’il ne soit pas séparé des siens et de ses projets.
Vous aussi souhaitez qu’il grandisse ICI ?
Nous allons organiser une campagne de solidarité autour de Marius et sa famille, nous aurons besoin de toutes les forces humanistes et de progrès…
Manifestons notre soutien
Nathalie Coste LDH-RESF
18:06 Publié dans Sans papiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius !
Marius est en gare de Nancy, il attend le train qui le ramènera chez lui, à Mantes.
En attendant, Marius est assis à discuter gentiment avec sa petite amie, une petite blonde. Un groupe d’agents de la police des frontières passe devant le couple, une fois, deux fois puis, au 3ème passage se fige devant eux.
Contrôle d’identité. On pourrait croire que ces hommes en bleu font leur travail, uniquement leur travail : mais alors pourquoi ces mots : « mademoiselle vous ne devriez pas fréquenter ce type d’individu », et s’adressant à Marius : « menteur, vous n’habitez pas Mantes, vous n’êtes pas camerounais, vous n’êtes pas ce jeune homme sur la photo … » et en point d’orgue « vous venez prendre nos femmes blanches ».
C’est que les hommes en bleu connaissent Marius : il est noir, il est jeune, il est avec une blanche, il est sans papiers, il tourne autour de « nos femmes », alors de là à penser qu’il vole notre pain, qu’il menace notre existence.
Bon, il y a bien ces papiers scolaires que Marius exhibe : tous ces profs le disent sérieux, travailleur, agréable, poli et bon élève. Ben en voilà un qui semble bien « intégré » comme ils disent …
Il y a aussi ces coups de téléphones insistants : une femme de la région parisienne qui se présente membre de RESF, une autre femme, responsable académique du SNES de l’académie de Nancy, le proviseur adjoint de son lycée d’origine, un autre homme, conseiller général alerté par le réseau. Tous le répètent : « laissez le grandir ICI ». Cette solidarité agace ou étonne ?
Marius n’est pas seul : il devrait se cacher, être isolé. Mais non. Il ne se montre pas non plus, il veut juste qu’on le laisse tranquille vivre sa vie de jeune homme. Vivre et plus que tout, réussir ses études, lui qui vient d’un pays où les études, ça compte. Il veut pouvoir fréquenter des jeunes de son age ICI, vivre avec sa famille ICI, en France, où il a construit son quotidien depuis 4 ans maintenant.
Et puis, des papiers, Marius en a des tonnes : les lettres remplies par ses professeurs unanimes à dire son sérieux, sa gentillesse, sa correction. Les lettres de soutien adressées par la communauté éducative à son frère et à sa sœur. Les lettres de recommandations rédigées par les patrons de sa mère et de son beau père (le père de Marius est décédé au pays).
Mais la machine est en route : interpellation, garde à vue, centre de rétention, juge du tribunal de grande instance, juge du tribunal administratif, avocats, plaidoiries … 1000 euros pour obtenir une liberté fragile, une assignation à résidence et un APRF.
Désormais, la menace pèse sur lui : Marius est dans l’OBLIGATION de QUITTER le TERRITOIRE FRANÇAIS . C’est écrit noir sur blanc. Il veut rester avec sa famille ? Qu’elle parte aussi !
Depuis le 1er Mai, Marius est assigné à résidence. Chaque jour il doit aller au commissariat pour « pointer ».
Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius : cette soif d’apprendre, cette gentillesse, ce sérieux …
Michel CHASTAN – SNES FSU Lycée Saint Exupéry
17:47 Publié dans Sans papiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Emeutes de la faim à Bobo (Burkina Faso)
Peuchère !
A Bobo aussi on a manifesté contre la vie chère. Soit trois jours
de paralysie : tous les services abonnés absents, commerces rideaux
baissés, établissements scolaires fermés sur ordre du Gouverneur.
Les élèves se sont rassemblés autrement, la manifestation a dégénéré,
ils ont cassé, des symboles : la station-service d'un adjoint au maire,
des enseignes trop lumineuses, la statue de Blaise et Khadafi, et surtout
les feux rouges de la police municipale qui ne s'y corrompra plus.
Ici comme ailleurs, c'est un même appel de foules refoulées :
"La vie augmente et nous n'avons même plus les moyens de nous laisser
racketter !"
Le Gouvernement a entendu : une centaine d'arrestations, des bien
jeunes plutôt pour leur faire mieux peur. C'est ce qui se conjugue :
donner de l'espoir aux générations futures. A bon entendeur, la vie
augmentera encore, rétrécira d'autant, et la prison s'étendra.
Mais pour un temps, la police municipale sévira moins...
Cette révolte avait hélas une humeur de retard car la vie n'est
pas chère au Burkina : on n'y achète déjà plus rien ! Le filon du coton est
dévidé et la ouate promise hors de prix, notre bon riz revendu au Mali et
les fonds de maïs, tous déjà roulés dans la farine de la spéculation
bio-énergétique.
La famine guette et le FMI regrette - fait mine, reconnaissant des
erreurs d'ajustements brutaux mesurés au fléau de balances tarées. Errare
humanum est, comme mourir de faim.
A Paris aussi on manifeste contre la vie chère. Partout sur la
Planète, ça étincelle, la mêche prend lentement, on entend même dire que
ça va péter ! Ah bon ? Exploser pourquoi ? Puisque la solution est,
depuis... toute trouvée.
Les pauvres gênent, qui manifestent quand déjà sans remuer leurs
moignons, ils encombraient. DONC ELIMINONS-LES ! Paradoxalement, plus il y
en a, plus ça semble facile. (Recevant moins à partager, ils s'entretuent
et nous oublient, j'imagine). Laissons s'enflammer et s'éteindre
d'eux-mêmes nos pauvres. Le développement durable, un peu rétréci, s'en
souviendra. Le destin est bien le commerce le moins équitable entre les
hommes.
Toute solution a le mérite d'être finale car un problème évacué
est une liberté qu'on récupère. Notre solution - éliminer les pauvres - ,
fût-elle franche, est propre et démonstrative, facilement lisible,
numérisable et téléchargeable, numériquement correcte, chiffrée et
statistiquement CQFD mais... S G D G8 ! Néanmoins présentable comme
inévitable à des gens à tables :
-« On est trop ! »
Mais nous ne nous comptons jamais en sus.
Bobo, le 28 / 04 / 08
Didier INNOCENTI
17:42 Publié dans L'Universel c'est le local sans les murs! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

