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04.05.2008
Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius !
Marius est en gare de Nancy, il attend le train qui le ramènera chez lui, à Mantes.
En attendant, Marius est assis à discuter gentiment avec sa petite amie, une petite blonde. Un groupe d’agents de la police des frontières passe devant le couple, une fois, deux fois puis, au 3ème passage se fige devant eux.
Contrôle d’identité. On pourrait croire que ces hommes en bleu font leur travail, uniquement leur travail : mais alors pourquoi ces mots : « mademoiselle vous ne devriez pas fréquenter ce type d’individu », et s’adressant à Marius : « menteur, vous n’habitez pas Mantes, vous n’êtes pas camerounais, vous n’êtes pas ce jeune homme sur la photo … » et en point d’orgue « vous venez prendre nos femmes blanches ».
C’est que les hommes en bleu connaissent Marius : il est noir, il est jeune, il est avec une blanche, il est sans papiers, il tourne autour de « nos femmes », alors de là à penser qu’il vole notre pain, qu’il menace notre existence.
Bon, il y a bien ces papiers scolaires que Marius exhibe : tous ces profs le disent sérieux, travailleur, agréable, poli et bon élève. Ben en voilà un qui semble bien « intégré » comme ils disent …
Il y a aussi ces coups de téléphones insistants : une femme de la région parisienne qui se présente membre de RESF, une autre femme, responsable académique du SNES de l’académie de Nancy, le proviseur adjoint de son lycée d’origine, un autre homme, conseiller général alerté par le réseau. Tous le répètent : « laissez le grandir ICI ». Cette solidarité agace ou étonne ?
Marius n’est pas seul : il devrait se cacher, être isolé. Mais non. Il ne se montre pas non plus, il veut juste qu’on le laisse tranquille vivre sa vie de jeune homme. Vivre et plus que tout, réussir ses études, lui qui vient d’un pays où les études, ça compte. Il veut pouvoir fréquenter des jeunes de son age ICI, vivre avec sa famille ICI, en France, où il a construit son quotidien depuis 4 ans maintenant.
Et puis, des papiers, Marius en a des tonnes : les lettres remplies par ses professeurs unanimes à dire son sérieux, sa gentillesse, sa correction. Les lettres de soutien adressées par la communauté éducative à son frère et à sa sœur. Les lettres de recommandations rédigées par les patrons de sa mère et de son beau père (le père de Marius est décédé au pays).
Mais la machine est en route : interpellation, garde à vue, centre de rétention, juge du tribunal de grande instance, juge du tribunal administratif, avocats, plaidoiries … 1000 euros pour obtenir une liberté fragile, une assignation à résidence et un APRF.
Désormais, la menace pèse sur lui : Marius est dans l’OBLIGATION de QUITTER le TERRITOIRE FRANÇAIS . C’est écrit noir sur blanc. Il veut rester avec sa famille ? Qu’elle parte aussi !
Depuis le 1er Mai, Marius est assigné à résidence. Chaque jour il doit aller au commissariat pour « pointer ».
Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius : cette soif d’apprendre, cette gentillesse, ce sérieux …
Michel CHASTAN – SNES FSU Lycée Saint Exupéry
17:47 Publié dans Sans papiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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