« 2008-05 | Page d'accueil
| 2008-05 »
13.05.2008
Service minimum?
Aujourd'hui le Parisien fait sa une ainsi: "60% des Français pour le service minimum à l'école". Qu'est-ce que ça veut dire? Plusieurs choses possibles. D'abord que l'on peut faire passer des vessies pour des lanternes impunément. Car de service minimum à l'école, il n'a jamais été question. Le service minimum, c'est faire fonctionner un service (public, rapelons-le) sans le fermer tout à fait. A la RATP ou à la SNCF, ça voudrait dire que 20, 25 ou 30% des transports concernés doivent fonctionner et que s'il y a plus de grévistes que ça, certains seront réquisitionnés pour faire rouler des trains ou des bus. Ça s'appelle briser la grève institutionnellement. On peut être pour ou contre. Mais à l'Education Nationale, on n'a pas prévu d'assurer par la force 18 ou 42% des cours. On prévoit de payer des animateurs ou des personnels communaux pour faire garderie. Aïe, le gros mot est lâché.
En effet, si cette garderie est le service minimum de l’Ecole, c’est que l’Ecole est avant tout un service de garderie qui sert à ce que les mômes ne traînent pas les rues comme pendant les jours de congés du mois de mai. C’est peut-être ce que 60% des personnes interrogées ressentent. On peut aussi se faire une autre idée de l’Ecole, du service public d’éducation.
Mais que M. Darcos veuille à tout prix appeler ça un service minimum et donc en faire une question de principe idéologique, c’est un peu gros. Le Parisien mentionne l’expérience d’Etampes : depuis dix ans, la Mairie a institué un Dispositif Spécial Accueil des Enfants, qui est exactement la même chose, sans l’aspect imbécilement abrasif donné au système par notre vaillant combattant anti-grève, anti-service public, Darkos Vader lui-même. Il se trouve même des gens qui témoignent dans ce journal pour dire : « Cela incite à plus de compréhension entre parents et enseignants. Comme nous ne sommes pas confrontés au casse-tête de la garde, nous sommes plus enclins à nous intéresser à leurs revendications. » Vive le Service Minimum !
En revanche, qu’une écrasante majorité des sympathisants de droite ait dit oui à : « c’est une bonne chose parce que cela permet de ne pas pénaliser les parents qui travaillent », voilà une autre contradiction amusante. Le dogme officiel étant que l’initiative individuelle doit être valorisée et que le collectif n’est qu’un encombrement bureaucratique nécessairement néo-soviétique, ces sympathiques sympathisants de droite reconnaissent tout à coup l’existence d’un service public qui est un service au public et qui est indispensable à la bonne marche du pays. Les néo-libéraux qui prônent de cesser de compter tout le temps sur l’Etat Providence et de se retrousser les manches pour forger son propre destin (j’en ai la larme à l’œil) se mettent à pleurnicher parce qu’il n’y a personne pour garder leurs mômes. Mais retroussez-vous les manches, les jours de grève, et forgez votre propre destin, mes petits amis. Ou bien soutenez l’existence d’un service public de qualité.
Les gens de droite ont, parfois, des idées de gauche, l’auriez-vous cru ?
François Duchamp
14:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

