29 avril 2009

Histoire et chloroforme

A ne pas confondre avec Arsenic et vieilles dentelles...
L'oubli, l'engagement, l'esprit critique, toutes ces choses qu'évoquent la note précédente ont aussi été évoquées hier soir à la Réserve par Maurice Martin, militant bien connu dans le Mantois et auteur d'un petit bouquin attachant Fragments du siècle dernier. Il y raconte de façon rapide et souvent elliptique, une sorte de saga qui va d'un jeune garçon au temps de "l'Affaire", l'affaire Dreyfus évidemment, au décès du SIDA de son arrière petit-fille, l'occasion pour lui de raconter des pans de l'histoire du XXème siècle que les manuels réduisent trop souvent au format timbre-poste. On y retrouve aussi à travers les personnages et les situations le Maurice qu'on connaît.

Et notre ami Maurice de nous faire une démonstration bien menée, manuels d'histoire en mains, de tous les raccourcis opérés par ces manuels, qui obéissent en cela aux instructions officielles. Quelques exemples ? Dans le déclenchement de la guerre de 14, le nom de Jaurès n'est même pas mentionné. Les grèves de 36 n'ont été déclenchées que pour aider "joyeusement" le gouvernement du Front Populaire à mettre en places ses réformes. Ou encore les totalitarismes sont tous les mêmes, fascisme = communisme. Le plus alarmant, c'est sans doute que la faiblesse des explications données ne permet pas à des élèves qui n'auraient que cela de comprendre à quel point l'histoire est une matière foisonnante, complexe, passionnante, qui pose mille problèmes et c'est à chacune de savoir comment elle veut les résoudre. On voudrait finalement faire croire que l'histoire est gravée dans le marbre (et le marbre, on le sait bien, c'est pas très révolutionnaire!) et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (libéraux) possibles. Allez vous étonner après ça, que les jeunes manquent parfois de pugnacité et d'esprit critique! C'est même plutôt réconfortant qu'il leur en reste.
François Duchamp

Ecrire un commentaire