01 mai 2009

Terrorisme féodal au château d’Alincourt

Le DAL du mantois a organisé mardi soir dernier une soirée exemplaire de ce que la conscience citoyenne peut produire en matière de réflexion sur le logement et au-delà de gestion des rapports sociaux et prise en compte des besoins humains.photo-13.jpg
La projection du beau film « Les enfants de Don Quichotte » réalisé par Augustin Legrand qui nous a fait l’honneur de sa présence, a d’emblée posé les termes du problème : 3,5 millions de mal logés et 1,5 millions de logements manquants sur le territoire français, aucune politique cohérente et concertée des pouvoirs publics qui mènent des actions fragmentées, des promesses pas tenues et des expulsions qui se poursuivent sans que jamais la loi de Réquisition de 1948 (à réviser d’ailleurs) ne soit appliquée, pas plus que celle sur le droit au logement opposable ! La maîtrise technique des dossiers semble approximative par les responsables gouvernementaux qui continuent de réprimer par la force policière les manifestations de sans abri comme lundi 27 avril a Strasbourg.
photo-11.jpgPourtant, pour Augustin Legrand cette visibilité des « tentes » est la seule manière de ne pas mourir, de ne plus être seuls au monde pour ces « sans voix ». Il nous propose en cela une vraie réflexion sur l’engagement. Puis la parole a été donnée à Cyril, un résident du camping du château d’Alincourt dans l’Oise, qui témoigna de l’invraisemblable situation dans laquelle sont placés les habitants de ce territoire depuis la vente du bien (avec une décôte immobilière importante pour la modique somme de 4,6 millions d’euros) au multimillionnaire châtelain , un certain triste sieur Duménil, déjà tristement connu pour être le propriétaire d’un immeuble dans le 12ème arrondissement de Paris dans lequel un fort opportun incendie de poussette avait provoqué le départ de locataires indésirabes !
Tout commence donc à Alincourt par la vente par adjudication le 8 janvier 2009 de ce château à la 90ème fortune de France. Peu de temps après, une trentaine d’agents de sécurité « maison » commencent des mesures d’intimidation qui iront crescendo. Les hommes de main du seigneur sont placés sous la direction d’un ancien garde du corps de Le Pen qui annonce la couleur « Son bon plaisir sera de faire dégager tout le monde par tous les moyens ». Certains s’enfuient très vite , sans dédommagement pour leur bien, terrifiés par les rodéos organisés par la milice de jour comme de nuit, au milieu des habitations. Bientôt les nervis instaurent des contrôles des entrées et des sorties, fouillant les véhicules et isolant peu à peu les résidents. Vint ensuite le temps des menaces physiques, des destructions d’habitation, des menaces de tout brûler en pleine nuit… Entre Ku Klux Klan et Mad Max, le château d’Alincourt est devenu une zone extrême de non droit ou la force publique refuse d’intervenir au motif qu’il s’agit d’une espace privé !
La terreur est venue à bout de certaines familles traumatisées et la Préfecture tarde à ouvrir des négociations sur les dédommagements des résidents.
Un habitant a entamé une grève de la faim et c’est seulement escortée par les forces de police que la Ligue des Droits de l’Homme a pu le visiter !
Face à ce terrorisme médiéval (et encore, les seigneuries avaient un minimum de règles !), face à ces pratiques qui rappellent les heures les plus sombres de l’histoire des hommes où la force l’emporte sur le droit ; les résidents ne se résignent pas et se sont organisés en collectif et tentent une médiatisation de leur résistance : blog, rassemblements les dimanches après-midis, rapprochements de plusieurs associations dont le DAL, procédure juridique entamée… Seule la force de l’indignation massive et citoyenne pourra entraver la toute puissance du châtelain d’Ancien Régime.
Il nous faut tous relayer ce combat parce qu’il est juste et être présent autant que possible dans les initiatives engagées. C’est un funeste avenir que notre société accepterait si on laissait s’installer cet usage de la force aveugle et de l’impunité contre les plus fragiles. Ces familles ont fait le choix de placer toutes leurs économies dans leur petit eden en campagne. Ils payent des loyers ou remboursent des crédits depuis des années et des hordes de brutes brûlent leurs maisons, menacent leur intégrité physique pour les contraindre à partir et à tout perdre.
Ils sont abandonnés par la Loi, par le droit, sans logement, sans avenir. C’est inacceptable.
Au-delà de la situation particulière de ces résidents du château d’Allaincourt, c’est tout un mode d’organisation sociale qui est attaqué : celui de la régulation des rapports de force par la force publique et de la protection des plus fragiles par la société tout entière, en bref … la civilisation…
Nathalie Coste

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