20 mai 2009

Selon que vous serez puissant ou misérable

Une petite réflexion, encore. Quand on lit les dénégations à fendre le coeur que P. Bédier met sur son blog, on reste un peu interloqué...

En effet, il a été condamné à de la prison avec sursis (attation, fais plus le vilain ou je me fâche... c'est bien compris ?) et à trois ans de privation de droits civiques, ce qui implique de ne plus exercer de mandat électif pendant six ans. Plus une amende, évidemment (divisée de moitié par la cour d'appel, soit 25 000€.)

Bon, soit.

Maintenant, je lis dans Libé ce matin que le type qui a suggéré au ministre de l'intérieur en 2004 (un nommé Sarkozy) d'aller effectuer un coït sur la personne de sa génitrice (d'accord, c'était pas gentil, ni poli) a écopé d'un mois ferme ! Et plus tard, l'andouille qui a dit au même de retourner "en chine, espèce de Hongrois" (d'accord, c'est carrément débile) a écopé d'un mois ferme. Un mois ferme. De prison.

Autre exemple. Bientôt on va juger le DAL en appel, condamné en première instance pour avoir « embarrass[é] la voie publique en y déposant ou en y laissant sans nécessité des matériaux ou des objets quelconques » (on rêve !). Condamné à 12000€ d'amende ! Alors que Bédier prend 25000€ pour avoir détourné dans sa poche, bref pour avoir volé car c'est du vol, des dizaines de milliers d'euros (200.000, avec ses deux comparses)!

Un élu de la République vole des sommes colossales, il "[porte gravement] atteinte à l'autorité de l'Etat, à des fins personnelles, et trahi[t] la confiance que les citoyens avaient placée en lui pour les représenter", rien moins selon le président du tribunal, et il écope d'un sursis. Allez, va jouer...

Quand on a l'habitude, on trouve ça normal. Moi, je m'habitue pas. La prison est restée, en France, un endroit où on enferme les pauvres, les petites gens, les boulangers d'Outreau ou les épiciers de Tarnac. Mais on n'y met guère les Véritablement Iniques Personnalités. Non, on va pas mettre en taule comme un voleur de mobylette ou un fumeur de joints, un type qui a été sous-ministre, président de conseil général, qui a été, paraît-il, chef d'entreprise, et devant qui tout plein de gens ont fait des courbettes pendant des années. Tout de même. Les torchons, les serviettes, tout ça.

Notre démocratie a encore du chemin à faire. On le savait. Ça fait quand même mal de le prendre dans la figure, chaque fois.

François Duchamp

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