29 juin 2009

Pendant ce temps-là, au Mantelajolistan...

Résumé des épisodes précédents : Ce soir-là, notre héros, le jeune Démocratix, arriva au Mantelajolistan

Cette bourgade aux mœurs exotiques pittoresques venait d’élire son vizir au califat général. Le prédécesseur avait dû laisser sa place car il avait malencontreusement contracté une fièvre prévaricateuse, due au virus H78pleinles pochesN1 qui l’avait forcé à laisser sa place. Le pauvre homme n’y pouvait rien et ce mal implacable et tenace l’avait terrassé non sans qu’il eût résisté avec un courage et une détermination de lion blessé.

Mais comme le Mantelajolistan était un pays avancé, il fut procédé à des élections en bonne due forme : plusieurs candidats se présentèrent, la plupart portant la moustache afin d’honorer celle du vizir. Seuls un jeune candidat irrévérencieux et une femme avaient eu l’insolence d’être tout à fait glabres. La stratégie que le vizir élabora avec ses conseillers fut tout à fait remarquable. Il déclara :

– Le Mantelajolistan est corrompu, beaucoup ne peuvent pas se loger décemment, l’emploi fout le camp à grande vitesse, l’eau du robinet est imbuvable et hors de prix et nos écoles dépérissent : CONTINUONS !

Le jour dit, les Mantelajolistanais allèrent à la pêche ou rendre visite au roi Merlin car toutes ces histoires ne leur semblaient pas dégager une odeur très recommandable et ils désespéraient de mettre au pouvoir des gens qui les représentent tous de façon juste et honnête. Et encore, sur la poignée d’électeurs qui se déplaça, nombreux furent ceux qui cédèrent à diverses pressions plus ou moins explicites de leur clan :

– Si tu vas pas voter pour le vizir, sept ans de malheurs vont s’abattre sur ta tête, ta sœur va sûrement perdre son boulot, t’auras jamais ton appart’, le grand shaman va être en rogne contre toi et ta famille, ton association des caroutainiers ambigrinches à la retraite n’aura plus de subventions … (rayer les mentions inutiles).

Ainsi la noria des gentils organisateurs amena tout le jour les électeurs qu’on avait arraché à leur télé en leur rappelant soigneusement le nom du vizir pour qu’il n’y ait pas d’erreur. Certains de ces électeurs, voulant bien faire mais peu familiarisés avec les processus démocratiques, prenaient tout un paquet de bulletins au nom du vizir pour les déposer directement dans l’urne. D'autres à qui on avait demandé de prendre plusieurs bulletins ne savaient plus lequel était le bon. Toute cette bonne volonté naïve était touchante à voir, bien qu’il fallût leur expliquer les règles de l’isoloir et les vertus de la carte d’électeur.

Seuls quelques ahuris et benêts s’opposaient au vizir et s’obstinaient à affirmer qu’on pouvait organiser la vie autrement et que la république et le peuple du Mantelajolistan méritaient qu’on les prennent en considération sérieusement. Ils prétendaient même que les Mantelajolistanais pouvaient s’organiser collectivement, solidairement et avoir leur mot à dire dans la gestion du pays. Pendant ce temps-là, le futur calife général rigolait doucement, persuadé qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, il s’employait à flatter les uns et les autres de promesses qui, comme le proverbe bantou le dit si bien, « n’engagent que ce ceux qui les croient ».

Ce soir-là, le chef-lieu du Mantelajolistan, bourgade située dans le far-ouest du pays acclamait son nouveau calife avec un enthousiasme réjouissant. L’ancien, dont le mal n’avait pas entamé le volontarisme, accompagnait son dauphin, non sans avoir fait placarder, pour le plus grand bonheur de son peuple, son portrait dans tout le bourg. Mieux encore, il avait confié à la discrète califette, son épouse, le soin de seconder le vizir candidat au califat général afin que le peuple un peu ignorant et peu éclairé, puisse reconnaître immédiatement la succession. Et le peuple ne s’y était donc pas trompé : sa liesse lorsque les résultats furent connus fut quasiment unanime. Le nouveau vizir, très ému de ce témoignage d’amour de son peuple, en eut les larmes aux yeux lorsqu’il se présenta à lui.

Le jeune Démocratix fut troublé de voir ce colosse débonnaire qui se sacrifiait pour son peuple et lui accordait tant de bienfaits. Il se demandait même s’il n’était pas arrivé au pays de cocagne, quand une voix qui semblait avoir lu dans ses pensées se fit entendre derrière lui :

– … non, tu es arrivé au pays qui cogne, mon petit.

C’est ainsi que notre héros fit la connaissance d’un Mantelajolistanais peu ordinaire, Super-Mario.

(suite au prochain numéro)

 

François Duchamp

(Ce petit conte est bien sûr une fantaisie et toute ressemblance avec des événements réels ne pourrait être que le résultat fortuit d’une stupéfiante coïncidence)

Commentaires

On a dit que "l'humour est la politesse du désespoir"... alors le pamphlet est "l'art de la résistance". Chapeau l'artiste, le combat t'inspire.

Ecrit par : mp | 29 juin 2009

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