29 septembre 2009
Du rififi pour le vizir.
Résumé des épisodes précédents : Qué calor !
Au Mantelajolistan, l’été indien baignait le pays dans une douceur inhabituelle que les autochtones savouraient avec délices. Oh certes, l’été n’avait pas été de tout repos dans cette riante cité. D’abscons problèmes de sécurité avaient hélas contraint les services du palais du vizir de fermer les bains publics Lacuillère, privant ainsi les Mantelajolistanais de trempettes qui auraient été les bienvenues. Cette brutale disparition avait cependant attisé les médisances (la nature humaine est la même dans ce beau pays qu’ailleurs). On disait que la décision avait été prise du jour au lendemain, que le vizir-adjoint chargé de la culture physique avait lui-même appris la nouvelle dans une échoppe de la basse ville, en achetant des babouches. L’opposant le plus en vue au conseil du vizir, Guillotine Quelblanbec, líder maximo du Pesant Système, en faisait ses choux gras.
Plus sérieusement, les Mameluks de l’Ord-public avaient eu la main un peu lourde en voulant arrêter un voleur de pommes et la population de la ville basse avait commencé à ruer dans les brancards. Mais les hommes du vizir savaient noyer le poisson (même sans bassin !), il ne leur avait pas fallu longtemps pour prendre la tête des attroupements et les détourner sous prétexte de les organiser. Rassemblés sur un terrain vague, désert l’été, les jeunes gens en colère avaient passé leur rage en lapidant un jeune bouleau tout en criant à tue-tête des revendications que les autres sujets du vizir ne pouvaient entendre, occupés qu’ils étaient par le farniente ou le bise-naisse estival. Quant au vizir, pas une volute de son narguilé n’en fut troublée. Tout cela semblait bien loin maintenant et tous goûtaient la douceur de l’arrière-saison.
Tous, non, car des rumeurs montaient avec insistance, provenant des employés du palais du vizir. L’une prétendait que le vizir ne savait pas comment boucler ses fins de mois, que ses écus filaient plus vite qu’ils ne rentraient. L’autre que le Derviche Général de sa Seigneurie, un nommé Füryany, battait les serviteurs du palais, les menaçait constamment de retenir des amendes sur leurs maigres gages, de les muter aux mines de sel, voire de les bannir du pays. Les travailleurs du palais étaient presque tous pris d’un tremblement chronique et certains se virent même diagnostiquer une trouillopathie hiérarchique aigüe. Bref, il y avait une ambiance méphitique, surtout depuis que ce patron s’en était pris aux majordomes, maîtres d’hôtel et surintendants. Que l’on marchât sur les arpions du petit peuple, cela se concevait ; mais que l’on traitât le gratin de la même manière, ça n’allait plus du tout.
Le pire était sans doute que l’ancien vizir-calife était de retour et c’était là une nouvelle qui, étonnamment, était faite pour semer l’effroi au Mantelajolistan, où pour l’heure, on ne semblait pas avoir pris mesure de ces nouveaux événements…
(à suivre…)
FD
(Ce petit conte est bien sûr une fantaisie et toute ressemblance avec des événements réels ne pourrait être que le résultat fortuit d’une stupéfiante coïncidence)
03:47 Publié dans Et pendant ce temps-là, au Mantelajolistan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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