15 novembre 2009

Résistances

Un spectacle magnifique s'est donné ce soir au Colombier, Résister, c'est exister. François Bourcier, seul en scène, incarne des dizaines de figures de résistants de la seconde guerre mondiale, petits ou grands, tout petits parfois, mais toujours pleins d'une dignité et d'une humilité confondantes. L'acteur fait vivre tous ces personnages avec un brio extraordinaire, disparaissant derrière ses propres personnages, sautant d'un costume à l'autre avec une précision. Chacun a non seulement son histoire, mais sa voix, sa démarche, son regard... Il donne une vie toute simple à des acteurs remarquables.

Et pour ne pas oublier que la résistance n'est pas une belle image ni une chose du passé, la dernière figure de résistant est celle d'un militant, membre d'un réseau qui milite pour trouver des papiers à une femme d'origine étrangère qui risque l'expulsion; et cette fois-ci, on le comprend, il s'agit de résistance d'aujourd'hui à l'oppression d'aujourd'hui. A ceux qui trouvent le parallèle abusif (c'est tellement facile d'admirer les héros d'autrefois et de trouver les crapules d'aujourd'hui tolérables), F. Bourcier dit simplement que c'est l'acte de résister qui importe. L'oppression ne se met pas en place du jour au lendemain, les gentils et les méchants ne sont pas définis d'un coup de baguette magique. Il est juste des pratiques que l'on ne peut pas tolérer et il faut savoir dire non quand on les voit. N'oublions pas qu'entre 40 et 44 les résistants n'étaient que des terroristes.

En ces temps où l'on pourrait être tenté de donner libre cours à un éventuel besoin d'identité, ce spectacle nous rappelle que si l'histoire ne se répète jamais, il est des dérives qu'on risque de ne remarquer que lorsqu'il est trop tard. La résistance, c'est toujours la résistance contre une majorité, sûre de son bon droit. Résister, c'est juste ne pas se taire quand élever la voix est terriblement difficile.

Enfin la salle était presque pleine, c'est raté pour les autres. A la prochaine.

 

François Duchamp

Et félicitation à Bruno Couvreur et son équipe qui font un travail formidable au Colombier! http://ommasec123.free.fr/

11 novembre 2009

Une bonne toile

ATTAC 78 NORD présente

AMERRIKA !

Coup de coeur du festival de Cannes 2009
Prix de la critique internationale à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes


Un film qu'on a beaucoup aimé, nous aussi, plein d'une humanité très simple. Il rend les gens et les problèmes incroyablement proches. Sans concession ni complaisance, il fouille où ça fait mal, et comble d'élégance, il se permet le plus grand réalisme sans perdre l'optimisme. Très différent de La visite de la fanfare dont nous avions parlé il y a peu, ils se rejoignent en ce que l'humanité, au fond, n'est toujours pas morte. FD


Un film à voir, avec un débat qui vaudra certainement le coup.


Une comédie dramatique  de Cherien Dabis
Avec Nisreen Faour, Hiam Abbass,Melkar Muallem

au cinéma Frédéric Dard des Mureaux
77, rue Paul-Doumer
Jeudi 19 Novembre 2009
entrée à 20h - film à 20h30 - 1h32 - Prix : 5 €

Débat:Vous avez dit identité ?

avec Gilles LEMAIRE, du bureau national ATTAC et commission immigration
Michel MULLER, journaliste à l'Humanité

Un film qui croise avec humour et sensibilité de nombreux sujets d'actualité brûlante : Palestine, rêve américain, exil, racines, famille, immigration, racisme, stigmatisation, guerre, intégration, identité multiple et indivisible …

« Amerrika tord le cou aux clichés : ce n'est pas parce qu'on est palestinien qu'on est terroriste, ni parce qu'on est jeune qu'on est forcément intolérant. Il démontre que des cultures différentes peuvent vivre en bonne intelligence, et même s'entraider. »

A l'heure des immenses dégâts d'un système économique en crise, des gouvernants à son service ne songent qu'à ressortir les poncifs nauséeux de division, d'exclusion et de peur.

ATTAC, association d'éducation populaire tournée vers l'action, veut réaffirmer son engagement dans les combats fondamentaux que sont la liberté de circulation, le partage des richesses, l'égalité et la justice, le vivre ensemble, la solidarité et la fraternité... et le soutien à tous les résistants du quotidien qui les incarnent.


L'histoire :

Mouna, (Nisreen Faour, qui crève l'écran ), divorcée et mère d'un adolescent, est une femme palestinienne enthousiaste et optimiste. Au coeur des territoires occupés, le quotidien est pourtant éprouvant et l'horizon morose.Et puis un jour, quitter cette vie et aller travailler aux Etats-Unis devient possible : étrangère en son pays, Mouna peut bien l'être ailleurs. Elle part alors avec son fils Fadi rejoindre sa soeur (Hiam Abbass, immense actrice des Citronniers, Satin Rouge...) installée depuis 15 ans au fin fond de l'Illinois. Après le réconfort des retrouvailles, Mouna et Fadi vont devoir trouver leur place dans cette "Amreeka" tant rêvée. Mais les Etats-Unis, partis en guerre contre le"diable" Saddam, ont une bien étrange conception de l'hospitalité. Il en faudra davantage pour freiner Mouna dans sa quête d'une vie meilleure..

Salué par la presse :

* Amerrika navigue entre réalisme et comédie pour rendre palpable le sentiment des apatrides : n'être chez soi nulle part. Cherien Dabis ne verse ni dans la gratitude aveugle envers l'Amérique, ni dans la critique ­amère : son regard sur l'intégration est plein de promesses. »
Telerama

* Amerrika parle de choc des cultures avec une générosité et une bonne humeur contagieuses. Un ton résolument léger pour attirer un public large et faire passer le message.
Journal du Dimanche

* Du rire et des larmes, du rêve et des drames, mais sans jamais forcer le ton ni appuyer le trait. Il y a dans sa démarche un souci évident de ne pas heurter ou provoquer.
Ouest France

* Petit miracle de bonheur volé. Nisreen Faour, absolument impériale, traverse le film en fée.
Télécinéobs

23 octobre 2009

Contrôle d'identité

Une vraie belle surprise hier soir au Collectif 12 dans le cadre du festival Jeunes Zé Jolie.
Ils sont quatre, dans un partenariat franco-roumain, tantôt à l'intérieur tantôt sortis d'une cage faite de néons blafards. Ils y disent, les voix accrochées aux micros, les sons envahissant l'espace, parfois criant ou bien alors soufflant douloureusement, les mots de la clandestinité.
Les peurs, les froids, les désespoirs de ceux a qui on refuse l'asile, ces invisibles sans identité, sans avenir et qui ont renonce a leur histoire.
Refus des tribunaux administratifs, rejets de  l'OFPRA, enfermement et peur de la reconduite ... Tout ce qui fracasse des vies et des identités est montré ici par le prisme de l'intime, par l'impossibilité d'être avec l'autre, d'aimer... Ce qui déchiquette l'âme, jour après jour, nie et détruit. On n'est personne, rien. On n'a pas les mots, on ne peut être souhaité, attendu, répondre...
Très émouvante plongée dans l'intérieur de ces invisibles qui rasent les murs de la forteresse Europe.

Il est hélas trop tard pour voir ce spectacle qui ne se jouait qu'une fois mais le festival a d'autres trésors à montrer (notamment un très désopilant Omlett - ou Hamlet-en-Sarkozie ; ou bien encore découvrir l'effrayante splendeur des ruines industrielles Sulzer à Mantes la Ville pour une conférence étonnante sur les mondes parallèles - Si ce monde vous déplaît). Qu'on se le dise...

Nathalie Coste & François Duchamp

20 septembre 2009

Tous au ciné

Samedi 17 octobre à 20h30 le ciné club de la Maison pour Tous de Mantes-la-Ville projettera La Visite de la fanfare d'Eran Kolirin, un film extraordinaire qui raconte la visite d'une fanfare égyptienne en Israël. Burlesque, poétique, émouvant, ce film vous en fait voir de toutes les couleurs, car les malentendus entre Égyptiens et Israëliens sont exploités sur le mode à la fois comique (hilarant, même) et sentimental.

Personne ne vient chercher les musiciens à l'aéroport. La malheureuse fanfare se trompe alors de destination et au lieu de se rendre au festival où elle a été dûment conviée, la voilà qui se retrouve dans une de ses banlieues moches et mornes comme les villes modernes ont le secret, surtout lorsqu'elles sont perdues aux portes du désert. Ils s'arrêtent alors dans un boui-boui tenu par une jeune femme, Dina (Ronit Elkabetz, à se damner, comme d'habitude). Entre la lenteur accablée des locaux et la raideur bleu ciel des uniformes des visiteurs, le contraste est saisissant. Mais la malchance va durer un peu car la nuit approche et nos pauvres musiciens sont incapables de sortir de ce bled, créant une véritable occasion de rencontre entre des Israëliens et des Arabes. Et pour une fois, ce n'est pas la haine qui a  le dessus...

Aussi drôle qu'intelligent, voilà un film qui redonne une bouffée d'espoir en l'humanité, même bien cabossée.

04 juin 2009

Ce soir c'est vous l'héroïne (ou le héros)

Un spectacle participatif, comme dirait l'autre. Allez donc vous faire plaisir, partagez vos coups de coeur... FD

Cycle de lectures au Collectif 12
Mercredi 10 juin à 20h30
"Lettres d'amour"

Un coeur à l'autre uni

Jamais ne se retire

Et pour l'en séparer

Il faut qu'on le déchire

Alfred de Musset


Une déclaration, de tendres souvenirs, l'éloignement, ou même une rupture tout est prétexte à écrire de belles lettres d'amour.

Qui n'a pas rêvé de recevoir la déclaration enflammée de son ou de sa bien-aimée ?

Morceaux choisis d’auteurs célèbres ou de parfaits inconnus seront à découvrir dans une douce ambiance musicale.

Venez nous faire découvrir vos trésors et vous pourrez vous prêter au jeu de la lecture si vous le souhaitez

Lecteurs : Hervé Gaboriau, Anna Mortley, Marie Luti, Frédéric Fachéna, Stéphane Gombert, Marcel Mankita, Monique Bourgeois, etc…

Tarif : 3€  et pour  chatouiller vos papilles, un verre vous sera offert.

Collectif 12 / Friche A. Malraux
174 bd du Maréchal juin 78200 Mantes-la-Jolie

Réservations 01 30 33 22 65  - communication@collectif12.org

www.collectif12.org


21 avril 2009

Encore des choses intéressantes au Collectif 12

A venir au Collectif 12, des initiatives qui méritent toute notre attention:

Le dimanche 10 mai à 16h, visite-performance du quartier de Gassicourt. Je cite la présentation du C12:
Les artistes vous proposent une visite inédite et curieuse du quartier de Gassicourt à Mantes-la-Jolie en invitant le public à partager avec humour, poésie ou parfois science une dizaine de leurs découvertes. flyerCMCT_Michels_recto_web.jpg

à 18h Présentation autour d'un verre au Collectif 12 de la publication Chez moi-chez toi n°2, livre réalisé à partir de leurs recherches et de leurs découvertes sur la ville

Dector - Dupuy sont des artistes pour qui l'art ne se fabrique pas toujours, il peut se trouver, se rencontrer et s'inventer dans le regard que l'on porte.

Du 14 au 16 mai, Dieu, la femme et l'abus.
Je cite encore :UNKNOWN_PARAMETER_VALUE (1).jpg
En prise avec ses propres questionnements qui rejoignent des sujets de société qui nous interrogent tous, Maryline Klein parle cette fois de la place de la femme dans la société. En amont des représentations la compagnie mène un travail de récoltes de paroles auprès des habitants et des habitantes de Mantes la Jolie et des ateliers d'expression (écriture et théâtre) avec des amateurs sur ce même thème.
Si les ateliers d'écriture vous intéressent, n'hésitez pas à appeler au numéro ci-desssous:

Réservation au 01 30 33 22 65 ou par mail à communication@collectif12.org

Voilà des choses qui nous concernent de près, voire qui nous impliquent...
FD

16 avril 2009

Insurrection et bonnes manières

Soirée très intéressante hier au Collectif 12. Le mélange de textes qu'a lu la compagnie Ktha nous a fait réfléchir à la situation politique et à notre situation dans ce contexte d'une façon à la fois drôle, pertinente et impertinente. Et même jubilatoire. L'idée de croiser des paroles ou des écritures d'origines diverses permet de prendre conscience de l'aliénation que crée le langage ambiant de la communication politique et médiatique. Le débat ou plutôt la discussion qui a suivi a permis à ces interrogations de s'exprimer, de façon parfois hésitante mais d'autant plus intéressante. On peut d'ailleurs regretter que tous les gens que les questions sociales et politiques animent ne se soient pas déplacés. Car une soirée comme cela rend les certitudes figées dans des rhétoriques usées insupportables. On voit bien, grâce à l'acuité des artistes, à quel point il est nécessaire de réfléchir et de renouveler nos pratiques et nos discours. On s'est retrouvés à cinq déciliens parmi une poignée de participants.
Et puis, c'était passionnant aussi de se confronter à l'engagement d'un personnage aussi attachant qu'Eric Hazan, chaleureux, généreux. Un petit moment de qualité entre gens qui n'avaient pas d'autre ambition que d'être disponibles. Pas si fréquent dans le paysage militant.
Alors, insurrection ? élection ? ou bien contamination ? Conquérir le pouvoir ou le dissoudre ? Que faire de l'Etat ? La guerre civile est-elle déjà en cours ? Peut-on parler politique sans se faire récupérer avant même d'avoir fermé la bouche? C'est pas des questions pour des sociaux-démocrates bien sous tout rapport, tout ça. C'est les questions des gens, de plus en plus nombreux, qui n'ont plus rien à perdre. Des questions qui traînent dans les salles de sports, autour des comptoirs, devant les postes de télé, au fond des taxis...
François Duchamp

11 avril 2009

Rencontres de la Villette

Il y a deux ans et demi nous avions accueilli à Mantes la Jolie les Rencontres de la Villette hors les murs. Dans l'édition de cette année du Festival, l'un des rares en France à favoriser les arts populaires et l'expression des groupes sociaux marginalisés, on peut noter ce spectacle, dont je reproduis ici la note d'intention :

We are la France
Petite leçon d’économie politique à l’usage de tous : comment indexer l’évolution de mes désirs sur le taux de croissance des biens et services ? A quoi servent les maîtresses d’école à l’heure de la globalisation financière ? La crainte de sombrer dans la précarité a-t-elle une incidence sur mes performances sexuelles ? Aurai-je droit à un strapontin dans la France qui s’annonce ? En abordant avec humour le quotidien de notre société anxiogène, les fissures du mur soi-disant incontournable de l’ultralibéralisme apparaissent. On ose alors s’y engouffrer pour voir au-delà de l’abrutissement général des ouvertures et de l’optimisme. Cette pièce répond à une tâche d’utilité publique : faire rire, entretenir l’imaginaire et combler ce « déficit d’existence dans nos vies ».

Attention les premières dates sont déjà complètes, les 15 et 16 avril. Les 17, 18, 19, 22, 24, 25 et 26 sont encore réservables...
Mais il y a aussi beaucoup d'autres manifestations qui méritent notre attention: http://www.rencontresvillette.com/

FD

L'insurrection qui vient / Chéri nous recevons

Mercredi 15 avril à 20h30, au Collectif 12, la compagnie ktha propose une lecture de
L'insurrection qui vient (éd. La Fabrique) et Chéri nous recevons, un manuel de conventions sociales des années soixante, et quelques autres textes.

L'insurrection qui vient est cet ouvrage rédigé par un mystérieux "comité invisible" qui vaut à Julien Coupat d'être accusé de terrorisme pour dégradation du matériel de la SNCF. On ne rappelera pas les détails absurdes de cette affaire, dite "de Tarnac", mais on peut tout de même dire que l'éditeur du livre, Eric Hazan, jamais inquiété auparavant, vient d'être entendu comme témoin dans l'affaire dans l'espoir qu'il puisse établir que Coupat est l'auteur du bouquin, ce qui équivaudrait à démontrer qu'il est l'auteur des dégradations qui ont conduit à l'interpellation de Coupat de 19 autres personnes le 10 novembre dernier.
L'acharnement judiciaire dont Coupat est la victime est un des exemples les plus frappants de l'emprise sécuritaire répressive que le gouvernement met en place, comme JP Dubois, président de la Ligue des Droits de l'Homme est venu le démontrer brillamment à la Salle J. Brel, mardi dernier.
Eric Hazan sera présent mercredi à la lecture qui aura lieu au Collectif 12, occasion unique d'en apprendre bien davantage sur ce qui apparaît sur une affaire qu'on aurait naguère appelé "un coup tordu".
La mise en perspective de ce texte post-2001 avec un manuel de savoir vivre d'avant 68 promet d'être une stimulation vive de la réflexion.

Collectif 12 / Friche A. Malraux
174 bd du Maréchal juin 78200 Mantes-la-Jolie

Réservations 01 30 33 22 65 - communication@collectif12.org

18 mars 2009

Welcome

Je ne sais pas si Welcome, le film de Philippe Lioret avec Vincent Lindon, passera à Mantes, mais si personne n'y pense on pourrait peut-être le faire venir. Vous en avez sans doute entendu parler. Il raconte comment un type ordinaire se retrouve avec des ennuis sérieux avec la police pour s'être mis à aider un jeune Kurde d'Irak qui veut aller à Londres.
Le film a la franchise et le courage des entreprises salutaires. Le personnage de bourru qui découvre le sort des clandestins et devient prêt à tout donner et risquer pour aider ce jeune gars est très convaincant. Tout comme est évoquée, de façon pas trop appuyée mais très reconnaissable, la veulerie, la lâcheté de ceux qui collaborent plus ou moins activement au harcèlement de ces pauvres types. Le film n'est pas donneur de leçons, personne n'y est parfait. C'est un film dont on se dit qu'il faut qu'il ait du succès, car il en va de la santé morale de notre pays. Lioret a fâché tout rouge le gouvernement pour avoir dit dans une interview que les gens qui aident les clandestins sont dans une position comparable à ceux, bien trop peu nombreux, qui aidaient les juifs pendant la guerre. Évidemment ceux qui s'en prennent aux clandestins se sont comparés tous seuls aux collabos. Et ils se sont mis en colère. Tant pis pour eux.
On commet vraiment trop de crapuleries dans notre pays aujourd'hui. Et à cela, il faut la détermination de résister à long terme. Et efficacement.
Welcome est de ces films qui donnent la force de ne pas baisser les bras.

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