Le 2 février à l'issue d'un conseil municipal un peu affolant, on avait signalé qu'un éco-quartier s'était invité à l'extrême dernière ultime minute. Depuis on ne peut pas dire que ce projet ait accaparé l'attention publique. Il vient de refaire surface dans la feuille de Mantes du mois d'avril. 2000 logements coincés entre Mantes et Rosny, vous pensez qu'il y a matière à un remue-méninges de grande ampleur ? Mais noooon, allons donc. C'est tout simple, les spécialistes vont étudier ça. En un tiers de page on vous présente ça, vite fait, bien fait. On va faire comme en Suède, y aura de l'eau partout. Tout juste s'il ne nous font pas le coup de la "Venise du Nord(-Ouest)." Tenez, allez jeter un coup d'œil pour voir, si vous ne l'avez déjà fait (c'est en page 7) : Feuille de Mantes.
Sur le site de la mairie de Rosny, la vie est aussi simple et belle et tranquille : tout ça va être piloté par l'EPAMSA et l'Opération d'Intérêt National, c'est vous dire si on est entre de bonnes mains. On apprend aussi que ça permettra de faire une sortie d'autoroute entre Mantes et Rosny ! Dormez sur vos deux oreilles, habitants du Mantois, on s'occupe de vous.
Peut-on imaginer que l'on se fiche de nous davantage ? A croire que que la politique locale, c'est "bonne nuit les petits." On voit bien que les gens qui cherchent à nous vendre le "concept" comme disent les publicitaires n'y comprennent rien. L'article de la Feuille est même illustré d'une photo de ski nautique, activité hautement écologique. Un éco-quartier est un ensemble extrêmement complexe, comme un éco-système, en fait. Il repose sur une philosophie qui n'est pas juste un peu de déco-éco, mais une réelle manière de redéfinir la vie ensemble en construisant d'autres rapports à l'économie, aux rapports sociaux, aux transports, à l'énergie, etc. Bref, n'ayons pas peur des mots, c'est un projet proprement révolutionnaire, et pas dans un sens publicitaire, comme le dernier gadget "révolutionnaire." De toute évidence, cette révolution-là ne sera pas menée par des équipes municipales qui ne pensent, en gros, qu'à engranger des subventions et créer des projets et de l'activité. Et toute activité est toujours bonne à prendre, éco ou pas éco. Le citoyen et la citoyenne, ils finiront toujours par trouver les photos couleurs sur papier glacé ravissantes. Parce qu'il y aura bien sûr de la concertation. Il y aura "une enquête publique, ce qui permettra d’informer et de consulter la population." Une enquête publique, vous savez ce cahier dans le hall de la mairie et la réunion avec un ingénieur un samedi soir. Et hop. Roulez jeunesse.
Bon maintenant, vous voulez vraiment savoir les enjeux ? Eh bien, un éco-quartier, il y en a bien eu un de prévu (cliquez ici), par des gens qui savent de quoi ils parlent. Il est prévu dans le cadre du projet de ZAC Mantes Université (encore une affaire qui brasse beaucoup d'air, permet à la presse locale et aux communicants de tout poil de faire leurs choux gras, mais qui accouche d'une souris). Mais évidemment, comme ce projet est sérieux et qu'il n'est pas muni de filets à subventions, il a bien du mal à trouver les appuis nécessaires. Il avance doucement, modestement (100 logements au moins, peut-être un peu plus si possible).
Ce qu'ils proposent, c'est "la création d’un éco-quartier dans le Mantois, basé sur des valeurs telles que la coopération, l’entraide, le respect de l’environnement, sans chercher à faire de la promotion immobilière mais à mutualiser nos moyens afin de rendre ce projet accessible au plus grand nombre." Aïe, aïe, aïe... Les gros mots sont lâchés. On voit bien qu'il ne s'agit pas du tout de la même démarche. D'un côté des citoyens se regroupent, réfléchissent ensemble et construisent un projet ; de l'autre, des experts (technocrates et politiques qui n'habiteront jamais là) pensent pour nous, conçoivent pour nous et nous vendent le paquet ficelé. Qui naturellement ne ressemble pas plus à la vraie vie que le supermarché bien connu.
Nous sommes vraiment en présence d'un cas d'école de dysfonctionnement démocratique. Encore une fois, c'est bien à nous de nous réapproprier ce qui est à nous.
François Duchamp