04.05.2008
Emeutes de la faim à Bobo (Burkina Faso)
Peuchère !
A Bobo aussi on a manifesté contre la vie chère. Soit trois jours
de paralysie : tous les services abonnés absents, commerces rideaux
baissés, établissements scolaires fermés sur ordre du Gouverneur.
Les élèves se sont rassemblés autrement, la manifestation a dégénéré,
ils ont cassé, des symboles : la station-service d'un adjoint au maire,
des enseignes trop lumineuses, la statue de Blaise et Khadafi, et surtout
les feux rouges de la police municipale qui ne s'y corrompra plus.
Ici comme ailleurs, c'est un même appel de foules refoulées :
"La vie augmente et nous n'avons même plus les moyens de nous laisser
racketter !"
Le Gouvernement a entendu : une centaine d'arrestations, des bien
jeunes plutôt pour leur faire mieux peur. C'est ce qui se conjugue :
donner de l'espoir aux générations futures. A bon entendeur, la vie
augmentera encore, rétrécira d'autant, et la prison s'étendra.
Mais pour un temps, la police municipale sévira moins...
Cette révolte avait hélas une humeur de retard car la vie n'est
pas chère au Burkina : on n'y achète déjà plus rien ! Le filon du coton est
dévidé et la ouate promise hors de prix, notre bon riz revendu au Mali et
les fonds de maïs, tous déjà roulés dans la farine de la spéculation
bio-énergétique.
La famine guette et le FMI regrette - fait mine, reconnaissant des
erreurs d'ajustements brutaux mesurés au fléau de balances tarées. Errare
humanum est, comme mourir de faim.
A Paris aussi on manifeste contre la vie chère. Partout sur la
Planète, ça étincelle, la mêche prend lentement, on entend même dire que
ça va péter ! Ah bon ? Exploser pourquoi ? Puisque la solution est,
depuis... toute trouvée.
Les pauvres gênent, qui manifestent quand déjà sans remuer leurs
moignons, ils encombraient. DONC ELIMINONS-LES ! Paradoxalement, plus il y
en a, plus ça semble facile. (Recevant moins à partager, ils s'entretuent
et nous oublient, j'imagine). Laissons s'enflammer et s'éteindre
d'eux-mêmes nos pauvres. Le développement durable, un peu rétréci, s'en
souviendra. Le destin est bien le commerce le moins équitable entre les
hommes.
Toute solution a le mérite d'être finale car un problème évacué
est une liberté qu'on récupère. Notre solution - éliminer les pauvres - ,
fût-elle franche, est propre et démonstrative, facilement lisible,
numérisable et téléchargeable, numériquement correcte, chiffrée et
statistiquement CQFD mais... S G D G8 ! Néanmoins présentable comme
inévitable à des gens à tables :
-« On est trop ! »
Mais nous ne nous comptons jamais en sus.
Bobo, le 28 / 04 / 08
Didier INNOCENTI
17:42 Publié dans L'Universel c'est le local sans les murs! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

