21.05.2008

A Moussa et à tous les autres invisibles travailleurs étrangers !

Vendredi 16 mai 2008, retour en bus de la manifestation qui a eu lieu devant la Préfecture de Versailles, il n’y a pas assez de places pour tout le monde. Je suis assise à côté de Moussa. Après quelques minutes de gêne réciproque, il me parle et me raconte son histoire, que je vous retranscris telle que je l’ai comprise :

Moussa est Mauritanien. Il vit en France depuis 2001. Il a demandé trois fois l’asile politique et il a essuyé trois refus. L’année dernière, il s’est  rendu en  Préfecture pour son dossier de régularisation, des policiers l’ont menotté et embarqué. Ensuite Moussa me parle d’une amende. Je ne comprends pas. Il me montre un document. Suite à son arrestation musclée, il est passé devant un juge au tribunal administratif et la Préfecture des Yvelines a été condamnée à verser à Moussa 1 200 euros. Il m’a expliqué que les policiers n’avaient pas le droit de le menotter (il continue de me raconter son histoire toujours avec le sourire et beaucoup de pudeur).

Dès son arrivée en France, Moussa a travaillé de manière légale, avec des bulletins de salaires. Lorsqu’il a perdu son travail, Moussa s’est inscrit aux ASSEDIC. Lorsqu’en fin d’année, il a reçu le courrier des ASSEDIC avec la somme à déclarer au trésor public, il s’est procuré au centre des impôts le document de déclaration des revenus. Depuis plusieurs années Moussa déclare ses revenus à l’Etat français et dispose donc d’avis d’imposition. Pendant sa période de chômage, Moussa s’est même vu proposer un faux récépissé avec autorisation de travail en contrepartie de 600 euros.

En 1989, l’Etat mauritanien lui avait pris ses biens (terre et bétail) et comme  tous les Peuls de la région limitrophe au Sénégal, il a été obligé de fuir au Sénégal.  Moussa et sa famille ont tout perdu. Voulant une vie meilleure pour lui et sa famille, il a décidé de tenter l’aventure et de s’exiler en France. Il monte clandestinement sur un bateau qui a mis 10 jours pour aller du Sénégal en France (côte méditerranéenne). On imagine les conditions de voyage …

Pour finir, il me conte que son épouse est restée au Sénégal avec leurs quatre enfants. Le dernier n’était pas né quand il a entrepris son voyage pour la France. Son fils a donc aujourd'hui 7 ans et n’a jamais vu son père. Que de souffrance mais aussi que de dignité et de courage…

Moussa n’a plus de pays. Il n’est ni Mauritanien (pas de passeport), ni Sénégalais. Il n’est donc pas expulsable. Pourquoi lui refuse-t-on le statut de réfugié politique ? Les autorités publiques vont-elles le laisser sans titre de séjour éternellement alors que son employeur souhaite l’embaucher en CDI ? 

Arrêtons l’hypocrisie, la France a besoin de ces hommes venus d’ailleurs puisqu’ils occupent des emplois dont personne ne veut  (emplois mal rémunérés et des conditions de travail difficiles). Ils contribuent au développement économique de notre pays. Les Etats-Unis ne se sont-ils pas peuplés de migrants  d’Europe (Angleterre, France, Italie, etc.) venus chercher du travail et un avenir meilleur pour leurs descendants ?

Pourquoi à ces migrants africains, ne leur donne-t-on pas ce droit-là ? Tout ce qu’ils souhaitent, c’est pouvoir retrouver leur condition d’Homme avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. Vivre dans la liberté et non plus dans la peur de se faire expulser. Pourquoi ferme-t-on les yeux ? 

Je n’ai que des questions et pas de réponse. Il me reste, comme eux, tout de même l’espoir que cela change et qu’ils puissent retrouver leurs droits, grâce, entre autres, à la solidarité des militants qui les soutiennent et qui se battent à leur côté.

Merci à tous et courage à eux !

Zaouia

Militante de Décil

09.05.2008

Marius, enfin!

Bonsoir
Nous revenons à l'instant de la préfecture où alain Thébault (RESF et LDH), Nathalie Coste (RESF et LDH, élue MLJ) , Denis Andreollety (élu de Magnanville) et moi même (SNES et RESF) accompagnions MARIUS au nom de tous ceux qui se sont mobilisés pour que l'arrété d'expulsion de Marius soit annulé, qu'un titre de séjour lui soit attribué pour terminer ses études.
Nous avons été reçu avec beaucoup d'attention par Mme Mouton, "Directeur de la citoyenneté et des libertés publiques"
 
Forts des innombrables soutiens en notre possession :
    - les professeurs, maitre de stage et camarades de classe de Marius,
    - plusieurs dizaines de collègues du Lycée Rostand, du Lycée Saint exupéry, du clg de la vaucouleurs et du lycée Vaucanson
    - plusieurs centaines d'élèves des Lycées Rostand et saint Exupéry
    - la pdte de FCPE du Lycée rostand
    - le secrétaire général départemental de la FSU
    - des élus de Mantes la ville, de Magnanville, de Rosny,de Mantes la jolie, Limay
    - des messages de soutien qui nous venaient d'autres établissements, d'autres villes,
mais trés certainement aussi de l'intervention de l'inspecteur d'académie sollicité lui même par Le Proviseur du Lycée Rostand
 
Nous avons présenté le cas exemplaire de MARIUS
 
Marius est reparti avec un récépissé de 1ère demande (ce qui signifie : fin de l'assignation à résidence,  annulation de l'arrété d'expulsion, autorisation de résider en France pour 3 mois) qui devrait déboucher sur une régularisation d'un an pour études : un début de vie normale!
 
C'est un réel succès que Marius doit avant tout à lui même (comportement, travail, scolarité exemplaires) et à la trés forte mobilisation tous azimuts et pour autant trés structurée notamment grace au réseau RESF local et Meurthe et Moselle, bref : à vous tous.
 
Marius est passé trés prés de l'expulsion ! La catastrophe a été évitée par la rapidité et la force de la réaction.
 
Michel Chastan snes fsu            Nathalie Coste RESF78 et LDH78

04.05.2008

Mobilisation pour Marius

Notre élève Marius est en situation très dangereuse d’assignation à résidence après avoir été gardé à vue puis conduit en centre de rétention d’où nous avons bataillé pour le faire sortir.

Ses camarades et ses enseignants l’attendent en classe.

Prenons-le sous notre protection pour qu’il ne soit pas expulsé vers un pays où il n’a plus aucune attache, pour qu’il ne soit pas séparé des siens et de ses projets.

Vous aussi souhaitez qu’il grandisse ICI ?

Nous allons organiser une campagne de solidarité autour de Marius et sa famille, nous aurons besoin de toutes les forces humanistes et de progrès…

Manifestons notre soutien

                                                                                                                                                                    Nathalie Coste LDH-RESF                                                 

 



Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius !

Marius est en gare de Nancy, il attend le train qui le ramènera chez lui, à Mantes.

En attendant, Marius est assis à discuter gentiment avec sa petite amie, une petite blonde. Un groupe d’agents de la police des frontières passe devant le couple, une fois, deux fois puis, au 3ème passage se fige devant eux.

Contrôle d’identité. On pourrait croire que ces hommes en bleu font leur travail, uniquement leur travail : mais alors pourquoi ces mots : « mademoiselle vous ne devriez pas fréquenter ce type d’individu », et s’adressant à Marius : « menteur, vous n’habitez pas Mantes, vous n’êtes pas camerounais, vous n’êtes pas ce jeune homme sur la photo … » et en point d’orgue « vous venez prendre nos femmes blanches ».

C’est que les hommes en bleu connaissent Marius : il est noir, il est jeune, il est avec une blanche, il est sans papiers, il tourne autour de « nos femmes », alors de là à penser qu’il vole notre pain, qu’il menace notre existence.

Bon, il y a bien ces papiers scolaires que Marius exhibe : tous ces profs le disent sérieux, travailleur, agréable, poli et bon élève. Ben en voilà un qui semble bien « intégré » comme ils disent …

Il y a aussi ces coups de téléphones insistants : une femme de la région parisienne qui se présente membre de RESF, une autre femme, responsable académique du SNES de l’académie de Nancy, le proviseur adjoint de son lycée d’origine, un autre homme, conseiller général alerté par le réseau. Tous le répètent : « laissez le grandir ICI ». Cette solidarité agace ou étonne ?

Marius n’est pas seul : il devrait se cacher, être isolé. Mais non. Il ne se montre pas non plus, il veut juste qu’on le laisse tranquille vivre sa vie de jeune homme. Vivre et plus que tout, réussir ses études, lui qui vient d’un pays où les études, ça compte. Il veut pouvoir fréquenter des jeunes de son age ICI, vivre avec sa famille ICI, en France, où il a construit son quotidien depuis 4 ans maintenant.

Et puis, des papiers, Marius en a des tonnes : les lettres remplies par ses professeurs unanimes à dire son sérieux, sa gentillesse, sa correction. Les lettres de soutien adressées par la communauté éducative à son frère et à sa sœur. Les lettres de recommandations rédigées par les patrons de sa mère et de son beau père (le père de Marius est décédé au pays).

 

Mais la machine est en route : interpellation, garde à vue, centre de rétention, juge du tribunal de grande instance, juge du tribunal administratif, avocats, plaidoiries … 1000 euros pour obtenir une liberté fragile, une assignation à résidence et un APRF.

Désormais, la menace pèse sur lui : Marius est dans l’OBLIGATION de QUITTER le TERRITOIRE FRANÇAIS . C’est écrit noir sur blanc. Il veut rester avec sa famille ? Qu’elle parte aussi !

Depuis le 1er Mai, Marius est assigné à résidence. Chaque jour il doit aller au commissariat pour « pointer ».

 

Moi, j’aimerai que mes enfants en grandissant ressemblent à Marius : cette soif d’apprendre, cette gentillesse, ce sérieux …

 

Michel CHASTAN – SNES FSU Lycée Saint Exupéry